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| Riccardo PETRELLA | |
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EAU
OU COMPÉTITIVITÉ ÉCONOMIQUE ET ARMES ? Rien
n'impose que, dans vingt ans, le droit d'accès à l'eau potable saine,
donc le droit à la vie, soit encore nié à des centaines de millions de
personnes (environ deux milliards, pour la précision). Pourtant, nos sociétés
sont en train de faire ce qu'il faut pour y parvenir, à savoir : ne pas
vouloir empêcher que cela se fasse. En
effet, les dirigeants du monde entier, réunis en septembre 2000 à New
York au siège de l'ONU à l'occasion du Sommet du Millénaire pour le Développement,
ont déclaré qu'ils n'était plus possible d'éradiquer la pauvreté dans
le monde, mais que l'Objectif maximal que l'on pouvait essayer d'atteindre
était de réduire de moitié en l'an 2005 le nombre de personnes "
extrêmement pauvres " ( " vivant " avec moins d'un $ par
jour. Elles s'élèvent à 1,3 milliard) et, donc, le nombre de personnes
n'ayant pas accès à l'eau potable saine. En même temps, ils ont anticipé
que 60% de la population mondiale en 2025 (environ 8 milliards d'humains)
risque de vivre dans des régions à forte pénurie d'eau. Il
s'agit d'une véritable abdication éthique et politique da la part de la
communauté mondiale. Celle-ci est dirigée par des élites qui croient ,
au " Nord " comme au Sud
", à quelques exceptions près, que le droit à la vie n'appartient
pas à tous et qu'il y aura toujours des millions d'êtres humains qui
mourront de faim, de soif... A
part les arguments de nature socialement raciste, régulièrement invoqués
pour expliquer une telle croyance, la thèse des dominants d'aujourd'hui
sur l'inévitabilité de la pérennité de la pauvreté (et donc du non
accès à l'eau) pour la plupart des populations d'Afrique, d'Asie, et
d'Amérique latine est une mystification criante : .,c'est parce qu'elles
sont pauvres - affirment-ils - et ne pourront plus sortir du cercle
vicieux de l'appauvrissement". Drôle d'argument qui oblige à
s'interroger sur le fait de savoir où va, alors, la richesse de ces pays,
considérés comme étant les pays les plus riches de la planète dans
toutes les ressources naturelles (minerais, pétrole, capital biotique,
bois, ... ) desquelles dépend, par ailleurs et surtout, le développement
des pays " riches du Nord " ? En
réalité, on estime qu'il faudrait 40 milliards de $ par an pendant dix
ans (soit 400 milliards de $ au total) pour permettre à tous les
habitants de la Terre l'accès à l'eau potable. Or les pays "
pauvres " du monde transfèrent chaque année en faveur des pays
riches 37 milliards de $ au titre du remboursement de la dette, ce qui
serait suffisant pour couvrir les investissements nécessaires pour l'eau.
En outre, les pays riches dépensent 347 milliards de $ par an pour
subventionner les prix à l'exportation de leurs produits agricoles. Ce
faisant ils empêchent les pays pauvres d'exporter les mêmes produits,
tout en les obligeant à orienter leur agriculture vers l'exportation,
alors qu'ils devraient être aidés par nous, les riches, à privilégier
l'agriculture pour l'alimentation locale. Ces
deux exemples montrent que les pays riches doivent annuler la dette des
pays pauvres au lieu de gaspiller d'énormes sommes. Les
dirigeants du monde font le contraire. Ils continuent à allouer des
pourcentages exorbitants de la richesse du monde pour leur compétitivité
dans la course à la puissance et à la domination économique du monde,
et aux armements dans la course à la puissance et à la domination
militaire du monde. Quelle preuve de sagesse et d'esprit de justice et de
solidarité ! Qu'attendons-nous,
comme citoyens, pour changer ce monde ? Riccardo
PETRELLA Professeur
à l'Université de Louvain et secrétaire général du Comité
international pour le Contrat Mondial de l'Eau
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